J’écris depuis que je suis né, mais j’ai délaissé le roman pendant près de 35 ans. Aujourd’hui, je me suis remis à l’écriture et j’explore les vies minuscules, les colères tranquilles, la tendresse brute des milieux populaires, cultivant une littérature enracinée, sensible et sociale. Je m’autoédite par choix, pour polir à mon rythme les histoires que j’offre à mes fidèles lecteurs dans l’attente de leurs retours. Ce sont ces partages qui me font avancer…

Quand je prétends écrire depuis l’enfance, n’y voyez pas un simple exercice de style. Le plus lointain de mes souvenirs remonte au cours moyen première année, à l’Ecole Carle-Vernet de Bordeaux. Cette année-là, une nouvelle institutrice, Mme Martin, est arrivée de La Réunion ou de La Martinique, je n’ai jamais trop su. D’un monde ensoleillé en tout cas, souriant, bonhomme. C’est elle qui, lisant un jour les quelques lignes maladroites d’une rédaction consacrée à l’automne, s’est fendue d’un immense sourire de ses dents démesurément blanches sorties d’une bouche qui ne l’était pas moins, et m’a gentiment tapoté la tête en disant : « De la gwaine d’écouivain ! » Durant les deux années qui ont suivi, elle n’a cessé de m’encourager, de me conseiller des lectures, me confiant elle-même des livres dont je prenais tellement soin qu’il m’arrivait de ne pas oser les ouvrir. J’ai un peu honte de l’avouer maintenant, mais il y a prescription.

D’autres se sont penchés sur mon épaule, tel Pierre Christin, le scénariste de Valérian (entre autres), qui m’aurait cependant préféré au dessin, mais je savais déjà que mon avenir s’écrirait. J’étais alors à l’Université de Bordeaux III, en école de journalisme, pas très assidu aux cours, je dois le reconnaître, mais je ne manquais jamais ses cours qui vous apprenaient à ne plus avoir peur des mots et encore moins des phrases. Un apprentissage bienveillant qui s’est prolongé ensuite lorsque je suis parti en stage à Ici-Paris. Débarquant de ma province, Jean Poggi était chargé de me dégrossir comme on disait. Il m’a tout appris des ficelles du métier, de la « fabrication » de la note de frais (pratiquée de manière artistique et professionnelle) à la rédaction d’un article. Chaque matin, sur ma machine à écrire, je trouvais une feuille avec quelques phrases qu’il avait préparées la veille. A charge, pour moi, de taper la suite. Dix lignes, pas plus, mais pas moins. Avant neuf heures. Deux mois de ce régime vous guérissent à jamais de l’angoisse de la page blanche. Merci Mme Martin, merci Pierre Christin, merci Jean Poggi, je vous dois tout mais je crains de ne pas vous l’avoir assez dit.

À la toute fin des années 80, j’ai commis quelques romans noirs dont deux ont trouvé grâce aux yeux d’un éditeur, le Fleuve Noir, grâce à François Guérif qui était alors directeur de collection chez Rivages Noir (il l’est toujours, d’ailleurs). Notez que j’ai, avant d’être publié, essuyé quelques refus cinglants dont un, signé d’un mystérieux comité éditorial : « Notre comité a lu votre manuscrit intitulé Le Blanchi. Vous devriez consulter… » Par chance, cet avis assassin n’a en rien brisé mon élan, tout au contraire. Sont ainsi parus La gigue des féroces et Le ventre de l’ombre, dans l’éphémère collection noire à couverture blanche. Puis, plus rien. Le silence. Les aléas de la vie, comme on dit. Un métier trop passionnant pour s’autoriser des parenthèses, une famille à construire, des amis à chérir, un monde à découvrir…

35 ans de silence. C’est peut-être long pour certains. Moi, je ne les ai pas vues passer ces années. Pour tout vous dire, lorsque j’ai repris la plume, c’est comme si je ne l’avais jamais abandonnée. À une énorme différence près. Durant tout ce temps, j’ai accumulé tellement d’histoires à raconter que je crains bien ne pas avoir assez de temps devant moi pour toutes les raconter. Alors, je presse le pas, et je ne cours pas après de ces maisons d’éditions que la seule perspective d’avoir un auteur aussi prolifique fait frémir d’avance. J’écris pour moi, les amis, la famille, et tous ceux qui me font le plaisir de plonger avec moi dans ces petits romans à hauteur d’homme qui racontent le monde vu d’en bas.

J’ai toujours aimé raconter l’envers du décor, la mécanique qui se cache derrière les machines bien huilées. Alors, je vous propose de me suivre pour découvrir les coulisses de l’écriture et de l’édition…

Parfum_de_lecture