En rédigeant les premières lignes de L’enfant du tour d’abandon, je n’imaginais pas en écrire une suite, encore moins décliner ce roman en une véritable trilogie. Or, voilà que ce premier cycle, intitulé Madelaine, va être suivi de deux autres, Lisette et Angèle. Deux nouvelles trilogies pour ce qui se présente donc comme une saga, intitulée Les insoumises. Comment en suis-je arrivé à bâtir un univers entier autour d’une même thématique ? Je vous l’explique.
On me dit serial writer, parce qu’il est vrai que j’ai une imagination si débordante qu’elle me pousse à écrire bien plus vite que je ne le devrais. Depuis que j’ai repris la plume, après trente-cinq années de pause, j’avoue m’étonner moi-même de la facilité avec laquelle naissent les histoires qui remplissent des carnets entiers.
Pas plus d’un chapitre par jour !
Cependant, je m’astreins à une discipline de fer pour contenir cette féroce envie qui me tient dès le réveil. Un chapitre par jour, pas plus. Dix pages en moyenne, suivant un découpage auquel j’essaye de me tenir (j’y arrive sans souci jusqu’au deuxième tiers du roman, ensuite, ça a tendance à déraper, parfois même lourdement).
C’est ainsi que j’avais abordé L’enfant du tour d’abandon. Sauf que là, j’ai très rapidement compris qu’il ne me suffirait pas de 300 ou 400 pages pour arriver au bout de l’histoire qui bouillonnait en moi. J’en avais, comme d’habitude, le début et la fin, ainsi que la trame générale avec les principaux événements à venir. Mais mes héros m’ont échappé, surtout ce Marcellin aux yeux verts dont je n’attendais pas qu’il prenne autant de place, au contraire de sa mère, Madelaine, censée être le pilier du livre. Une jeune femme impétueuse, bien trop en avance sur les usages de son temps et qui en paye, dans sa chair, le prix le plus fort.
Passage du roman unique à la trilogie
Alors sont nés un tome 2, La louve et la lionne, puis un tome 3, Tes yeux dans mes yeux, ce dernier reprenant à son compte la fin imaginée pour ce qui devait être un roman unique, L’enfant du tour d’abandon. Plus de 1 000 pages pour ce que j’ai appelé le Cycle Madelaine.
Or, voyez-vous, le hasard ou le destin, peu importe le nom qu’on lui donne, est à nouveau intervenu. Je pensais être arrivé au terme d’une trilogie qui n’aurait pas de suite. J’ai même écrit un nouveau roman, Putain de mai, dans un tout autre genre, tant j’aime partager des histoires bien différentes. Et puis, les retours des lectrices et lecteurs m’ont rapidement fait comprendre qu’ils n’en avaient pas assez. Beaucoup souhaitaient une suite à ce premier cycle. Que devenait Marcellin ? Et Madelaine, allait-elle s’en remettre assez pour vivre de nouveau ? Les Morets, comment s’en sortaient-ils après le retour d’Algérie ? Declan, mon Irlandais au grand cœur, allait-il finir par séduire Madelaine ? Louis et ses mains magiques, que devenaient-ils dans ce Londres aux mille dangers ?
De la trilogie à la saga familiale
Il y avait là un terreau romanesque laissé en jachère et qui méritait peut-être que j’aille le labourer. Et c’est ce que j’ai fait. Avec, cependant, une idée derrière la tête : voir plus grand. Concevoir non pas un cycle comme pour Madelaine, mais une saga familiale sur trois générations, soit neuf romans.
Ils ont tous un point commun : Marcellin. Dans le premier cycle (parlons comme chez Netflix ou Prime), c’est le lien qui l’unit à sa mère qui est exploré ; dans le deuxième (l’écriture en est déjà bien avancée), c’est celui qu’il a tissé avec sa sœur de cœur, Lisette ; et dans le troisième, c’est celui qui va naître avec sa fille, Angèle. Trois cycles, trois époques, mais un même siècle, le XIXe. Trois portraits de femmes auxquelles leur siècle commande de se soumettre et qui, chacune à leur manière, disent non. Mais un seul homme, Marcellin, le fils, le frère, le père. C’est lui le passeur d’histoires qui a hérité des yeux verts de sa mère et dotera sa fille de ce même regard.
Des Rougon-Macquart aux Insoumises
Il fallait trouver un nom pour cette saga. Zola avait ses Rougon-Macquart (vingt romans, je n’aurai pas la patience), Balzac sa Comédie humaine (environ 90 ouvrages) et dernièrement Pierre Lemaître sa famille Pelletier (la trilogie Les enfants du désastre, suivie de la tétralogie Les années glorieuses). Voyez comme je me trouve de prestigieux parrains.
À l’évidence, mes trois héroïnes sont des insoumises. Pas parce qu’elles sont invincibles. Elles ne le sont clairement pas. Elles chutent, souffrent, se trompent et se brisent parfois. Elles sont insoumises parce qu’elles refusent, chacune à sa manière, la place qu’on leur assigne, désobéissant à leur famille, aux conventions, aux hommes, à leur condition et parfois même à leur propre peur. Cette liberté, elles la payent parfois au prix fort, mais sans jamais y renoncer. Voilà pourquoi trois trajectoires de femmes, Madelaine, Lisette et Angèle. Voilà pourquoi un seul titre pour les réunir : Les insoumises.
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