Avec l’apparition des plateformes Kindle, Kobo, Apple Books, Google Play Books et bien d’autres, diffuser son livre sous forme numérique est, en apparence, simple. Or, si le choix existe bel et bien, il n’est pas si évident. Je vous explique en quoi.
Bonne nouvelle pour les auteurs autoédités : publier un livre sous une forme numérique et en retirer quelques royalties n’a jamais été aussi facile. Pourtant, il fut un temps, pas si lointain, où la simple fabrication du fichier pour ebook imposait de devoir jongler avec toute une série de formats suivant que l’on voulait publier chez Microsoft (.lit), Sony (.lrf,. lrx), Palm (.pdb), Amazon (.mobi,. azw,. kfx), Rocket eBook (.rb) ou FictionBook (.fb2)… Mais c’est terminé. Aujourd’hui, le format ePub s’est imposé comme fichier source, même chez Amazon, qui aura résisté le plus longtemps à cette normalisation.
La tentation peut être grande de multiplier les plateformes sur lesquelles publier votre ebook. Mais est-ce une si bonne idée ? Sur le papier, cela assure une plus grande visibilité. Dans la pratique, c’est tout le contraire qui risque de se produire. Vous risquez de disperser les ventes et de perdre en visibilité dans les classements propres à chaque plateforme. Ces derniers temps, je lis ainsi de nombreux témoignages d’auteurs ou d’autrices qui regrettent de s’être dispersés et cantonnent, aujourd’hui, leur offre à deux ou trois plateformes. C’est l’option que j’ai choisie, en étant encore plus sélectif, puisque j’ai testé Kobo durant une année entière avant d’y adjoindre Kindle, tout récemment.
Quelles sont les plateformes existantes ?
Le Syndicat national de l’édition réalise régulièrement des études sur le monde de l’édition numérique. Il classe Amazon, Apple, Kobo et Google parmi les majors en termes de poids économique. Sans pour autant négliger des librairies pure players (i.e., revendeur ayant une activité de libraire exclusivement en ligne) comme LaLibrairie.com, ePagine, Feedbooks, Numilog ou Vivlio. Pour autant, il n’existe pas de classement officiel de ces divers intervenants, encore moins de chiffres indiquant leur poids sur un marché numérique qui, toujours d’après le SNE, représente environ 10 % des recettes des éditeurs, sans qu’il soit fait de distinction entre les éditeurs traditionnels, les plateformes de diffusion, les agrégateurs et les auteurs autoédités.
Ce que l’on peut cependant noter, c’est que quatre acteurs majeurs occupent le devant de la scène : Amazon Kindle, Kobo, Apple Books et Google Play Books. Voyons donc ce qui les rapproche et ce qui les différencie.
La rémunération d’un ebook
Sachez qu’il faut d’abord raisonner en prix hors taxe. Comme nous sommes sur le marché français, les majors (c’est ainsi que j’appellerai désormais nos quatre mousquetaires, Kindle, Kobo, Apple et Google) se doivent d’appliquer le taux qui s’applique en France, soit 5,5 %. Prenons un ebook affiché à 7,99 €. La TVA représente 0,42 € de ce montant. Gardez ce chiffre en mémoire :
• Amazon Kindle (taux de rémunération : 70 % à partir de 2,69 € à 12,99 €, 35 % en dessous). Il faut y ajouter un coût prélevé par Amazon pour diffusion d’un ebook. Il est de 0,10 € par Mo (mes livres pèsent environ 1,5 Mo, soit 0,15 €). Ma rémunération devrait donc être de [7,99 — (0,42 + 0,15)] x 70 % = 5 194 €.
• Kobo (taux de rémunération : 70 % à partir de 1,99 €, sans limitation de plafond ; 45 % en dessous). Pas de frais de diffusion. Pour un ebook à 7,99 €, la rémunération est donc de (7,99 – 0,42) x 70 % = 5 299 €.
• Apple Books (taux de rémunération : 70 % quel que soit le prix). Pas de frais de diffusion. Pour un ebook à 7,99 €, la rémunération est donc de (7,99 – 0,42) x 70 % = 5 299 €.
• Google Play Books (taux de rémunération : 70 % dans la plupart des pays éligibles, dont la France). Pas de frais de diffusion. Pour un ebook à 7,99 €, la rémunération est donc de (7,99 – 0,42) x 70 % = 5 299 €.
Sur un plan purement comptable, avantage à Kobo, Apple et Google. Mais soyons sérieux : dix centimes d’écart sur un ebook à 7,99 € ne détermineront pas le choix d’une plateforme. Les vraies différences commencent maintenant.
Le système d’abonnement
Amazon et Kobo sont les deux seuls de nos quatre acteurs à proposer une formule de lecture par abonnement : Kindle Unlimited (Abonnement Kindle en France) chez Amazon et Kobo Plus chez Kobo. Pour accéder au système d’Amazon, l’auteur doit inscrire son ebook à KDP Select. Mais là où Kobo n’exige aucune exclusivité, KDP Select impose l’exclusivité de la version numérique de votre livre pendant 90 jours. Une période reconduisible tacitement. Autrement dit, c’est Kindle ou rien.
La rémunération est calculée différemment :
• Kindle Select : paiement à la page, variable suivant le nombre total de pages lues par tous les abonnés et le volume du fonds mondial. Il tourne, en ce moment, autour de 0,004 $/page. Le paiement est limité à un maximum de 3 000 pages lues par client et par livre. Si votre client relit plus tard votre livre ou prête sa liseuse à quelqu’un pour qu’il le lise à son tour, l’ebook n’est pas comptabilisé.
• Kobo Plus : paiement à la durée de lecture, calculé en minutes comptabilisées dès la première page. Sur mes propres relevés, 300 minutes de lecture rapportent environ 1,65 €.
À vous de voir. Personnellement, étant déjà sur Kobo, j’ai décidé de faire l’impasse du Kindle Select.
Format de fichier
Format ePub pour tout le monde. PDF accepté sur Google Play Books.
Égalité.
DRM
Les DRM (Digital Rights Management) sont un dispositif technique destiné à limiter la copie. Elles compliquent le partage occasionnel et peuvent décourager une partie du piratage, sans pour autant constituer une protection absolue. En contrepartie, elles imposent aussi certaines contraintes au lecteur parfaitement honnête.
À vous de voir. Personnellement, j’active le DRM, les quatre plateformes proposant de le faire.
La liberté tarifaire
• Kindle : Amazon permet de choisir son prix catalogue… mais il doit rester dans une certaine fourchette. Dans le même temps, il se réserve le droit de conserver une certaine latitude pour l’adapter. Il n’est pas possible de fixer directement un prix permanent de 0 €. En revanche, l’inscription à KDP Select permet d’organiser une promotion gratuite pendant un maximum de cinq jours sur chaque période de 90 jours.
• Kobo : vous êtes libre de choisir votre prix et de le moduler pays par pays. Vous pouvez programmer une baisse (pour une promo, par exemple) ou proposer des ebooks gratuitement.
• Apple : prix libre, ebooks gratuits.
• Google : prix libre, conversion automatique des devises, ebooks gratuits, promotions temporaires.
Kobo, Apple et Google offrent plus de latitude à l’auteur.
Les outils promotionnels
• Kindle : conditionnés à l’abonnement Kindle Select.
• Kobo : onglet permettant de proposer ses titres pour des campagnes commerciales. Kobo se réserve le droit de refuser.
• Apple : offre 250 codes de téléchargement gratuit par livre, valables quatre semaines après leur génération (notamment pour les services de presse, blogueurs et autres influenceurs). L’auteur peut également solliciter l’équipe éditoriale pour qu’elle mette en avant son ebook.
• Google : trois campagnes de codes promotionnels… par mois, pouvant compter 5.000 codes chacun pour proposer un ebook gratuitement ou à prix réduit. Possibilité de faire des prix « packs » sur l’achat de plusieurs volumes d’une série, de lancer des campagnes de promotion programmées…
Je n’ai jamais testé ces offres. Dites-m’en plus…
Le paiement
La seule expérience personnelle que j’ai actuellement concerne Kobo ; pour les trois autres, je me réfère aux conditions publiées par les plateformes.
• Kindle : pas de seuil minimal, paiement 60 jours après la fin du mois durant lequel la vente a été réalisée.
• Kobo : 50 dollars canadiens de seuil minimal pour déclencher le paiement qui se fait 45 jours après la fin du mois durant lequel cette somme est atteinte. Vous recevez un mail avec le montant détaillé et téléchargez ensuite vos factures mensuelles dans lesquelles tout est détaillé.
• Apple : seuil minimal variable selon le pays et la devise, et paiement 45 jours après la fin de la période mensuelle.
• Google : seuil minimal variable selon le pays et la devise. Paiement le 15 du mois suivant la réalisation de la vente.
Vous n’avez pas la main sur cet aspect, mais ce sont toutes des plateformes sérieuses.
Si on voulait résumer
En réalisant cette comparaison, je me suis aperçu que les différences n’étaient pas si importantes que je ne le pensais. Ceci étant, chacune de ces plateformes a son caractère propre que l’on pourrait résumer ainsi :
Amazon Kindle : le géant incontournable, puissant, mais contraignant.
Le plus sophistiqué en matière d’écosystème commercial et d’abonnement, mais son 70 % comporte davantage de conditions, et KDP Select exige l’exclusivité numérique.
Kobo : le meilleur ami du « wide ».
70 % relativement faciles à obtenir, ePub natif, aucune exclusivité même avec Kobo Plus, bonne liberté tarifaire et outils promotionnels intéressants.
Apple Books : le modèle le plus simple.
70 %, point. Pas de frais de fichier, pas d’exclusivité, pas de contrainte tarifaire particulière pour bénéficier du taux. Son principal défaut est probablement qu’il est beaucoup moins présent dans l’imaginaire collectif français qu’Amazon ou Kobo.
Google Play Books : l’outsider qu’on aurait tort d’ignorer.
70 %, pas d’exclusivité, ePub, prix très libre, outils promotionnels étonnamment développés, paiements rapides et connexion à Google Books.
Ce qu’il est amusant de constater, c’est que, si on se limitait à ce petit jeu des comparaisons, ce n’est pas Amazon qui gagnerait, sa force se situant ailleurs : dans la position dominante qu’il a acquise et qui en fait, à travers le monde, le principal acteur dans la distribution du livre tant physique que numérique.
Voilà, vous en savez à peu près autant que moi. J’y ajouterai seulement mon ressenti personnel. Pendant une année entière, j’ai publié exclusivement sur Kobo, intégrant mon catalogue au programme Kobo Plus. Les ventes n’ont rien d’exceptionnel avec une trentaine d’exemplaires, et elles sont tout à fait anecdotiques, disons-le, dans mon chiffre d’affaires. Mais mes relations avec Kobo et ses différents intervenants ont toujours été très conviviaux et agréables. Depuis quelques semaines, j’ai intégré Kindle. Là encore, la plateforme s’avère très réactive, à l’image d’Amazon, il faut bien le reconnaître. Pour ce qui est des ventes, nous verrons bien sur la durée.
Pour l’heure, je n’ai pas l’intention de multiplier les plateformes. Je me contente des deux majors les plus importantes, mais qui sait si, dans l’avenir, je n’irai pas faire un tour chez Apple ou chez Google ou vers une solution 100 % française qui aurait une autre vision de ce marché.
À lire également
👉 Découvrir d’autres articles et réflexions sur l’autoédition.
👉 Pourquoi j’écris et pour qui ?
👉 Pourquoi j’opte finalement pour Kindle








Laisser un commentaire