J’avais juré que je ne mettrais jamais mes romans sur la plateforme Kindle d’Amazon. Et, pourtant, je viens de m’y résoudre. Pour quelles raisons et quels sont les pièges à éviter ? Je vous dis tout.
Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Pendant des mois, je n’ai distribué numériquement mes livres que sur la plateforme Kobo. C’était un choix, guidé par les retours de nombreux auteurs et la polémique engendrée par la déferlante des ouvrages conçus par l’IA, qui finissent par noyer les « vrais » auteurs (disons plutôt, les gens de la vraie vie).
Kobo n’échappe pas à ce phénomène. En 2025, cette plateforme aurait ainsi refusé près de 45 % des soumissions autoéditées. C’est énorme. Longtemps, Amazon, qui pilote Kindle, a refusé d’en faire autant. Mais devant l’avalanche de reproches et, disons-le, la médiocrité des textes générés par l’IA, il a fini par s’y résoudre et, dit-on, il entame désormais une chasse aux sorcières.
Une chasse modérée aux ouvrages créés par IA
Depuis quelques mois, Amazon exige ainsi que les auteurs signalent si leur contenu a été généré par l’IA (textes ou photos). Une case à cocher, rien de plus. Vous avouerez que ce pare-feu est dérisoire. Il s’accompagne d’un plafond du nombre d’ouvrages que l’on peut mettre en ligne chaque jour. Comme j’ai pu le constater, il est cependant très large (dix par jour et par compte alors qu’en octobre dernier, la plateforme annonçait le limiter à trois). J’ai moi-même inscrit mes sept romans en une seule fois.
J’ai également noté que, sur Amazon.fr, vous pouvez commander des livres qui expliquent comment générer ces ouvrages créés par une machine et ne proposent qu’un salmigondis indigeste sous une belle couverture travaillée, elle aussi, par l’IA.
Il semble cependant que les efforts pour ralentir ce phénomène se multiplient, l’entreprise retirant les publications frauduleuses après des signalements. Cela a été récemment le cas de faux livres attribués à Jane Friedman ou à Julien Blanc-Gras. Car oui, l’IA et ceux qui l’utilisent de cette manière ne reculent devant rien pour abuser les lecteurs.
Les mauvais avis des utilisateurs
De ce que j’ai également pu entendre, certains auteurs ont vu leur compte suspendu « de manière arbitraire », n’en comprenant pas la raison. Amazon se défend en parlant de comportements limites dans l’utilisation de mots-clés trompeurs, la publication de faux avis ou des republications suspectes.
Et puis, il y avait tous ces avis sur le format KFX, propre à Amazon, qui impose une opération supplémentaire, parfois annoncée comme si complexe qu’elle nécessiterait le passage par un prestataire pour réaliser des ePub compatibles. C’est, je vous l’avoue, le point d’achoppement premier qui m’avait fait traîner des pieds. Mais voilà que ce problème n’en est plus un. Je m’explique. Ayant l’habitude de réaliser mes ePub en passant par l’outil intégré à Pages sur Mac, et les ayant testés sur toutes les liseuses, tablettes et smartphones rencontrés, je les savais très propres. Et j’ai découvert que, désormais, c’est Kindle lui-même qui se charge de le convertir. Mieux, il a développé un Kindle Previewer qui permet de vérifier que tout s’est bien passé. Il en existe même une version pour ordinateur par laquelle on peut intervenir pour corriger d’éventuels bugs ou choisir d’autres manières de mettre en forme. C’est ce qui m’a convaincu d’essayer.
Différence de rémunération entre Kobo et Kindle
Mais, avant, j’ai voulu en savoir plus sur les rémunérations dont on disait qu’elles étaient moindres que chez Kobo. Et c’est vrai, parce que Kindle facture des « frais de diffusion » – 0,12 € par Mo –, là où Kobo n’en prend pas, quel que soit le format ou la taille. Pour un ouvrage vendu 4,99 € sur les deux plateformes, le taux de rémunération est identique (70 %). Mais si, sur Kobo, vous percevez une rémunération brute de 3,49 €, chez Kindle vous ne toucherez que 3,49€ amputés de 0,24€ (poids de l’ePub supérieur à 1 Mo et inférieur à 2), soit 3,25 €. La différence n’est pas négligeable, mais elle est loin d’être dramatique.
L’abonnement Kindle Select, bonne ou mauvaise affaire ?
Reste le problème majeur. Kindle, comme Kobo, propose un abonnement à ses clients, celui-ci permettant d’avoir accès, moyennant une cotisation mensuelle, au téléchargement d’autant de livres que l’on veut. Ça s’appelle Kobo Plus d’un côté et Kindle Select de l’autre. Mais si les Canadiens de Kobo ne réclament aucune exclusivité pour proposer vos livres à ce système (ni aucune durée), les Américains de Kindle exigent que, durant 90 jours, vous ne puissiez proposer vos livres en numérique ailleurs que chez Amazon. Gratuitement ou contre paiement. Sur une plateforme ou même en direct, par exemple, sur votre site si vous en avez un et que vous disposez d’une boutique. Si vous dérogez, vous êtes exclu, purement et simplement. Autrement dit, si vous êtes déjà sur Kobo (ce qui est mon cas), il faut d’abord les ôter de Kobo et vous priver de rémunération pendant trois mois. Très peu pour moi.
Payer pour voir, voilà l’idée
Alors, me direz-vous, après toutes ces arguties et ces réticences, pourquoi passer sur Kindle ? Et dans quelles conditions l’ai-je fait ?
À la première question, je vous répondrai que je paye pour voir. J’ai envie de me forger ma propre opinion et de pouvoir comparer les inconvénients et les avantages de chacune de ces deux plateformes. Je vous en ferai un retour d’expérience, c’est promis. Parallèlement, je ne vous cache pas que c’est également un moyen d’augmenter la visibilité de mes romans. Non pas que j’attende des ventes miraculeuses (l’expérience Kobo m’incite à la plus grande des prudences), mais les moteurs de recherche et le fait que je sois déjà référencé comme auteur par Amazon (j’ai même droit à ma biographie !) devraient m’aider à faire monter mes ouvrages dans les charts.
Broché ou non ?
Vous imaginez bien que, méfiant et exigeant comme je le suis sur la qualité de l’impression de mes romans (l’édition a été l’un de mes métiers), il n’était pas question de sous-traiter à Kindle une édition à la demande en broché ou en relié (Kobo n’offre pas cette possibilité et c’est tant mieux, si vous voulez mon avis). Le prix de la prestation m’avait, depuis longtemps, rebuté et les retours d’auteurs déçus m’ont confirmé ce que je pensais. À déléguer à des machines le soin de contrôler et d’imprimer à la chaîne des bouquins, le résultat ne peut être que médiocre. J’ai donc choisi l’option 100 % ebook. Si l’on veut une version papier, on continuera à s’adresser à moi.
Parallèlement, comme je vous l’ai expliqué, j’ai refusé le programme KDP Select, vous n’en trouverez donc pas de version gratuite sur Kindle. Pour ce faire, il faudra vous rendre sur Kobo.
C’est quoi une entité hybride pour Amazon ?
Comment donc ai-je fait ? C’est simple, je me suis inscrit. Mais comme je suis un bon citoyen, j’ai voulu agir comme tel en me déclarant comme société (je suis artiste-auteur en entreprise individuelle). Au début, tout s’est bien passé. Coordonnées bancaires pour être payé (un compte pro, puisque, je vous l’ai dit, je fais les choses dans les règles), identité validée (avec une vraie pièce officielle), je suis arrivé tout naturellement au volet fiscalité. Et là, ça s’est gâté. On me demandait un numéro TIN et de préciser si j’étais une entité hybride. Houla, étais-je donc un auteur transgenre (comment Amazon l’avait-il su ?) ou un homme bionique fonctionnant à l’énergie électrique ou bien une IA déguisée en humain (ou inversement d’ailleurs) ? J’ai buggé. Grave. Puis j’ai interrogé mes camarades de recherche, Claude, Chat GPT et Gemini (oui, je sais, ce sont des IA, personne n’est parfait). Ils ont rigolé, avec toute la bienveillance dont ils font état dès qu’ils causent avec moi (par moments, je pense qu’ils me prennent pour un neuneu, mais je ne m’en formalise pas, il leur arrive aussi d’être stupides). Et là, tout s’est éclairé.
La bonne règle pour éviter d’être assujetti au fisc américain
L’entité hybride, c’est un concept fiscal américain très précis : elle désigne une structure qui est considérée comme fiscalement transparente par les États-Unis, mais opaque par le pays partenaire de la convention fiscale (ou l’inverse). Pour les Américains, une entreprise individuelle française se confond avec la personne physique qui l’exploite. Clairement, ça veut dire que je suis revenu en arrière pour cocher les cases Particulier et, lorsqu’on m’a demandé mon TIN, j’ai renseigné mon numéro fiscal personnel, celui qui figure sur ma feuille d’imposition.
L’enjeu n’est pas anodin, parce qu’ainsi je percevrai l’intégralité de mes rémunérations, sans subir l’abattement fiscal américain de 30 % (une sorte de prélèvement à la source). En contrepartie, j’ai le formulaire W-8BEN qui suppose qu’au final, je déclarerai mes revenus au fisc français. Me voici en règle avec le volet fiscal.
Une couverture de 2560 pixels de hauteur
La suite ? Roman par roman, j’ai suivi le cheminement de Kindle Direct Publishing, envoyant quand on me le demandait le manuscrit en ePub, la couverture (jpg et format idéal : 1600 x 2560 pixels) et en fournissant tous les renseignements habituels, jusqu’au résumé. Bref, trois minutes montre en main par livre !
72 heures plus tard, ils étaient disponibles en ligne, au même prix que sur Kobo. Car attention, les amis, en France, le prix du livre est fixe. Une fois qu’il a été défini sur un canal, il doit être le même sur tous les autres.
Dans quelques mois, je vous dirai comment ça s’est passé. En attendant, bonnes lectures sur les liseuses compatibles Kobo et Kindle.
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